La médecine connectée vue par les praticiens et les patients

Le marché de la « e-santé » en explosion

santé-connectée-2015Tous accros aux mobiles ! L’utilisation du smartphone s’est ancrée en très peu de temps au cœur des habitudes quotidiennes des praticiens, comme elle l’est de plus en plus dans la vie quotidienne des patients. Il est par ailleurs démontré que l’individu délaisse de plus en plus l’ordinateur au profit des équipements mobiles pour rechercher de l’information. Le marché de la santé connectée, qui inclut aussi les applications santé, en croissance exponentielle, pourrait dépasser 20 milliards d’euros en 2017**.

Balances intelligentes dans les salles de bains, bracelets «trackers» d’activité et montres intelligentes au poignet, systèmes de sommeil pour veiller sur nos nuits… De plus en plus d’objets connectés collectent des informations sur la forme et le bien-être des individus. D’autres objets visent directement la santé : glucomètres pour les diabétiques, brassards tensiomètres ou pacemakers.

Des objets qui séduisent mais …

Ils séduisent aussi bien les patients que les médecins, mais restent très peu prescrits par ces derniers. Du tensiomètre connecté à la balance qui aide à maigrir, la panoplie des objets médicaux intelligents se développe à grande vitesse depuis une dizaine d’années.
Selon un sondage Odoxa (1), commandé par Le Figaro en partenariat avec France Inter et la chaire santé de Science Po, seuls 5 % des malades se sont déjà vu recommander l’une de ces technologies par leur médecin, alors que leur utilité est très largement reconnue. 72 % des patients et 81 % des médecins se disent en effet persuadés que la santé connectée est «une opportunité pour la qualité des soins». Cela peut contribuer à l’éducation thérapeutique des malades.

(1) Sondage réalisé en décembre 2014 auprès de trois cibles: grand public, personnes souffrant de maladies chroniques et d’affections longue durée, médecins généralistes et spécialistes. Un objet connecté a été défini comme «capable de recueillir de l’information, de la transmettre via Internet à des logiciels qui la traiteront et d’en fournir une analyse». Source : LeFigaro.fr.

À en croire ce sondage, les Français commencent à se familiariser avec cet univers. La moitié d’entre eux fait la différence entre dispositif médical et appareil grand public. Ils sont 29 % à utiliser régulièrement des objets connectés courants, comme la balance ou les applications sportives sur smartphone. Enfin, 70 % des personnes souffrant de maladie chronique ou d’affection longue durée se déclarent prêts à être équipés de dispositifs connectés médicaux dans le cadre du suivi de leur pathologie.

Or, le décalage d’appréciation est flagrant, lorsqu’on pose la même question aux généralistes et spécialistes. ils estiment en moyenne à 27 % seulement le nombre de patients qui accepteraient ces appareils d’auto-mesure. Une idée fausse qui explique leur manque d’empressement à les prescrire.

Du bon usage et du respect de l’éthique*

Les applications et objets connectés de santé constituent des outils complémentaires utiles à la prise en charge des patients. Ils doivent soutenir et renforcer la relation patient-médecin/pharmacien.

La e-santé doit être considérée non comme une fin mais comme un ensemble de moyens permettant d’améliorer l’accès aux soins, la qualité des prises en charge, l’autonomie des patients. Son déploiement doit être fondé sur une stratégie partagée par l’ensemble des acteurs. Il ne fait pas de doute que les outils de la santé mobile contribuent essentiellement à l’éducation à la santé en complétant, voire en améliorant, l’accès aux services déjà disponibles en ligne. De même, en facilitant la consultation de bases de données et la communication entre professionnels de santé, les outils de e-santé représentent de véritables assistants en situation d’exercice médical ou para médical. Ce n’est pas négligeable car on sait qu’un patient informé est actif et plus facile à prendre en charge.

Méfiance tout de même

application-esantéLes risques associés aux solutions connectées vont en effet d’une information incomplète ou d’une fonctionnalité absente, bien qu’affichée, à une erreur de calcul ou d’orientation de diagnostic… Le fait qu’Apple annonce retirer le suivi de la glycémie de son application e-santé a attiré l’attention sur le fait que ces solutions ne sont pas si anodines et simples à mettre en œuvre, même pour un cador de la technologie. Certes, ces solutions sont présentées par leurs promoteurs comme ayant un rôle purement « éducatif », mais les chercheurs tirent la sonnette d’alarme sur l’absence d’évaluation de tels dispositifs qui ne sont pas agréés par les autorités sanitaires. Ils risquent en effet de donner à l’utilisateur un faux sentiment de sécurité qui se traduirait par une perte de chance et/ou un retard de prise en charge.

L’intégration de la e-santé dans l’exercice médical fait peser sur les praticiens des obligations de formation et de vigilance : mettre en garde vis-à-vis des risques mais aussi pour en souligner les intérêts. Les «  applis  » et objets connectés doivent soutenir la relation patient-praticien  : sécurité et complément. Quelques exemples :

  • le suivi d’une perturbation métabolique comme le diabète,
  • d’un régime adapté à un surpoids,
  • une assistance à l’éducation thérapeutique,
  • un soutien au maintien de l’autonomie,
  • une surveillance de l’activité physique et sportive…

A savoir

En Europe, nous disposons d’une législation sur les dispositifs médicaux, dont la finalité est de s’assurer que ces produits offrent aux patients, aux autres utilisateurs et aux tiers un niveau de protection élevé et qu’ils atteignent les objectifs que leur a assignés le fabricant. La mise sur le marché des dispositifs médicaux (DM), des dispositifs médicaux implantables actifs (DMIA) et des dispositifs médicaux de diagnostic in vitro (DMDIV) est subordonnée à un marquage CE préalable qui est sous la responsabilité de leur fabricant. Pour apposer ce marquage CE, le fabricant doit soumettre les dispositifs à une procédure d’évaluation de conformité aux exigences essentielles décrites dans les directives européennes.

Sources :
*Livre blanc du Conseil National de L’ordre des Médecins au sujet des objets connectés 01-2015
**LeFigaro.fr 01-2015

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